L’urgence salariale [Edito]

Publié le 01/06/2026

Depuis des années, pour des millions de salariés, les fins de mois deviennent toujours plus difficiles entre l’explosion des prix, les salaires qui stagnent et des conditions de travail qui se détériorent. Dans les entreprises, la colère grandit face au sentiment d’être toujours plus sollicités, toujours moins reconnus et de plus en plus précarisés.

L’augmentation automatique de 2,41 % du Smic au 1er juin, en est une nouvelle illustration. Derrière les annonces officielles, cette hausse ne constitue pas un véritable choix politique en faveur des salariés. Elle découle simplement des mécanismes légaux liés à l’inflation. Le dernier véritable coup de pouce au Smic remonte à juillet 2012 sous François Hollande. Depuis, les gouvernements successifs ont abandonné toute politique ambitieuse de hausse salariale pendant que les prix de l’énergie, du logement ou de l’alimentation continuaient
d’exploser.

Les conséquences deviennent visibles partout. Les grilles salariales se rapprochent toujours plus du Smic, et les qualifications, l’ancienneté ou l’expérience perdent progressivement leur reconnaissance. Des salariés ayant parfois vingt ans de métier voient désormais leur rémunération rattrapée par les minima. Travailler davantage ou assumer plus de responsabilités ne garantit même plus un meilleur salaire.

Le Medef porte une lourde responsabilité dans cette situation. Depuis des années, le patronat obtient ce qu’il réclame. Des salaires contenus, des exonérations massives et une pression permanente sur le travail pendant que l’État affaiblit lui-même le rapport de force salarial. L’argent de la collectivité soutient ainsi un modèle fondé sur les bas salaires pendant que les grandes entreprises accumulent profits et dividendes.

Dans le même temps, les conditions de travail continuent de se dégrader. Les absences ne sont plus remplacées, les effectifs fondent et les salariés doivent produire davantage avec moins de moyens. La fatigue s’installe jusque dans les gestes ordinaires du travail, tandis que l’usure professionnelle progresse dans de nombreux secteurs.

La répression patronale contre les militants CGT s’intensifie également, afin d’affaiblir le rapport de force collectif au moment même où les revendications salariales progressent dans les entreprises.

Face à cette crise sociale profonde, le gouvernement préfère multiplier les rustines comme la prime carburant. Pourtant, chacun comprend qu’une aide ponctuelle ne remplacera jamais de véritables augmentations générales permettant de vivre dignement toute l’année.

Car derrière la question salariale, c’est aussi l’avenir de notre système social qui est en jeu à travers les cotisations finançant la Sécurité sociale, les retraites, l’assurance chômage. En maintenant volontairement les rémunérations au plus bas, tout en multipliant les exonérations patronales, le patronat et le gouvernement fragilisent directement notre modèle solidaire et assèchent nos services publics du fait de l’Etat qui compense une partie de ces exonérations.

Dans le même temps, la désindustrialisation continue de frapper le pays. Les fermetures d’usines et les liquidations se multiplient sans véritable plan de reconquête industrielle. Le gouvernement se contente d’accompagner les décisions des tribunaux de commerce au lieu de défendre les emplois, les savoir-faire et l’avenir industriel des territoires.

C’est dans ce contexte que s’ouvrira le 1er juin notre 54ème  congrès confédéral de la CGT, préparé de longue date mais qui coïncidera avec l’entrée en vigueur de cette nouvelle hausse du Smic. Une coïncidence qui rappelle brutalement que les questions de salaires, d’emploi industriel, de conditions de travail et de libertés syndicales restent au cœur des préoccupations du monde du travail.

Rouvrir les NAO partout où les salariés voient leur niveau de vie reculer

Plus que jamais, les augmentations générales doivent redevenir une priorité dans toutes les entreprises, et les NAO doivent être rouvertes partout où les salariés voient leur pouvoir d’achat reculer. Car au-delà des revendications immédiates, c’est aussi la question de la dignité au travail qui est posée. Un pays qui accepte l’appauvrissement de celles et ceux qui produisent les richesses nourrit lui-même les fractures sociales, la colère et le déclassement. 

Hassen NASSI
Secrétaire général
Editorial du journal de la Fédération THCB, mai 2026


Source  : Journal du THCB mai 2026


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